Eau Potable : la foire aux pesticides

Depuis plusieurs années l’eau de Lumigny et de Nesles était déconseillée aux femmes enceintes et aux nourrissons, à cause d’un excès de pesticides.

Mais la dernière analyse de l’eau, prélevée en novembre à Lumigny, arrive à une conclusion inverse : bien que l’eau présente une teneur en pesticide (déséthylatrazine) encore plus élevée que celle des prélèvements antérieurs, elle est désormais consommable sans restriction. En effet, «les concentrations observées n’empêchent pas la consommation de l’eau » constatent les auteurs de l’analyse.

Par quel tour de passe-passe une eau précédemment déconseillée à certaines catégories de la population devient-elle brusquement consommable sans restriction ?

Le mystère s’explique par un changement radical – mais très discret – des autorités sanitaires  en faveur des pesticides. Une instruction du Ministère de la santé (9 décembre 2010) établit de nouvelles normes pour l’évaluation des  risques sanitaires.

En fait elles  reviennent à minimiser les risques des pesticides pour la santé.

Arguments : « Certaines études font état que (sic) les pesticides peuvent être à l’origine de cancers, d’effets neurotoxiques et d’effets sur la reproduction (baisse de fertilité etc.)….Toutefois aucune étude n’est aujourd’hui disponible sur les risques pouvant être liés à la consommation d’eau non conforme à des concentrations telles que celles observées en France ».  Pardon pour le charabia. Mais en clair : on abandonne le principe de précaution.

Résumé de la nouvelle pensée : on a jusqu’à présent surestimé les risques liés aux pesticides. Et on pourra désormais consommer sans danger de l’eau avec des taux de pesticides beaucoup plus élevés qu’auparavant, comme le permettent les normes très laxistes de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). 

Exemple : à Lumigny et Nesles vous pourrez donner à vos nourrissons une eau contenant jusqu’à 2 microgrammes de  déséthylatrazine,   soit 20 fois plus qu’auparavant, quand on sonnait l’alarme à partir de 0,1 microgrammes. C’est un tête-à-queue phénoménal dans la protection contre les risques sanitaires.

Est-ce que les milliers de médecins et de scientifiques du monde entier qui attirent l’attention sur les risques d’accumulation de produits toxiques dans l’organisme  se seraient tous trompés ?  L’avenir le dira. Pour l’instant la multiplication des cas de cancers de toutes sortes se poursuit.

Le plus étrange dans cette histoire, c’est que les anciennes limites de qualités sont pour l’instant maintenues, même si elles ne sont plus considérées comme pertinentes pour évaluer le risque des pesticides pour la santé.

Question à 21 millions d’euros

Pourquoi la  commune de Lumigny-Nesles-Ormeaux, avec une vingtaine de communes voisines, est-elle obligée d’investir dans un projet de raccordement au réseau ESP (Eau du Sud Parisien) pour un coût de 21 millions d’euros ? Dans un premier temps on justifiait cette dépense par une obligation sanitaire : l’eau étant dégradée par « des pollutions diffuses d’origine agricole » il fallait trouver une solution.

Cela se comprenait avec les anciennes normes de qualité, - qui restent toujours maintenues sur le papier. Mais maintenant qu’il y a des nouvelles normes, selon lesquelles on nous certifie par écrit que notre eau, bien que polluée, est consommable sans restriction, pourquoi chercher l’eau ailleurs, à un prix beaucoup plus élevé ? (Il est vrai que l’on a trouvé maintenant une autre raison, très discutable, pour lancer cette couteuse interconnexion : le risque de manque d’eau dû  la sécheresse. Mais la vraie raison à l’origine, c’était la pollution).

On voudrait bien comprendre quelle est la logique derrière tout cela.

Nous avons posé ces questions à la firme Véolia qui gère la distribution de notre eau. Elle n’a pas jugé utile de nous répondre.

Absurdité supplémentaire : la commune est obligée de demander une nouvelle dérogation à la Préfecture  pour pouvoir continuer à distribuer une eau qui n’est pas bonne selon les anciennes normes, mais qui est certifiée bonne selon les nouvelles normes. 

Triste constatation : avec ces normes sanitaires désormais allégées, on ne voit pas pourquoi on ne continuerait pas à jeter des pesticides et des herbicides partout, pour se faciliter la vie. Dans l’industrie chimique on se frotte sûrement les mains.

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Villages Solidaires

OYET N° 376 du 10 janvier 2012 

Lumigny-Nesles-Ormeaux